A la mémoire de l'archiprêtre Alexandre Troubnikoff (†1988)
Le 9 octobre 2008 nous commémorons le 20ème anniversaire de rappel à Dieu de l’archiprêtre Alexandre Troubnikoff, et le 23 mars de cette année nous avons célébré le centenaire de sa naissance.

Dans la version russe de notre site, nous proposons à votre attention la version abrégée de l’article à la mémoire du père Alexandre, publié en russe dans le
33 (hiver 1989–1990) du "Messager du Diocèse d’Europe occidentale de l’Eglise Russe à l’Etranger", PP. 16–25, 45–49. La traduction française des extraits de cet article a servi de base au texte consacré au père Alexandre, qui a paru cet été sur le Forum "Orthodoxie de tradition russe en Europe occidentale" (№5377). Nous vous proposons ce texte dans la version française du site.

 

A la mémoire des membres de notre clergé.
Archiprêtre Alexandre Troubnikoff († 9 octobre 1988)

"L’archiprêtre Alexandre Troubnikoff est né en 1908, à Tsarskoïé Sélo, dans une famille de la vieille noblesse russe. En 1916, il arrive en France, où il reçoit une instruction secondaire et où il partage ensuite la vie si difficile de tant de Russes émigrés. Son âge ne lui ayant pas permis de combattre au sein des Armées Blanches, ses fortes convictions patriotiques le poussent à suivre, et terminer brillamment, les "Cours Militaires Supérieurs" qui étaient dispensés dans le château de Lorgère à Rives-sur-Fure (entre Lyon et Grenoble) puis de compléter à Paris sa formation militaire en suivant les cours de l’ancien général d’état-major Golovine, éminent spécialiste et historien de la science militaire.

Une des dates importantes dans la vie et le destin du père Alexandre, fut sa rencontre avec Mgr Nathanaël qui venait d’être nommé en 1946 évêque diocésain en Europe occidentale. C’était une époque où la pression soviétique était telle qu’il fallait avoir un courage certain pour s’afficher membre actif de l’Église Hors Frontières...

Une communion d’idées le lia immédiatement à cet éminent et savant évêque dont il devint le fidèle collaborateur. Sa maison hospitalière de Meudon devint à la fois le domicile de l’évêque et le siège de la Direction diocésaine dont il fut, tout naturellement, le secrétaire. La tâche principale de Mgr Nathanaël était de reconstituer le diocèse qui s’était, à quelques rares exceptions, évanoui à l’issue de la guerre. Une autre tâche était de s’occuper de tous ces Russes qui, à la suite de ce conflit mondial, étaient sortis d’Union soviétique et étaient internés dans des camps en Autriche, Italie et Allemagne en attendant que leur destin soit décidé.

C’est grâce à l’action héroïque de certains membres de l’Église Hors Frontières que des milliers de Russes échappèrent miraculeusement à un rapatriement forcé et donc à une mort certaine.

En 1949, il est ordonné à la prêtrise. Son ministère est tout d’abord itinérant: visites de maisons de retraite russes, d’hôpitaux, célébrations dans des communautés n’ayant pas de prêtre à demeure, mais assez rapidement il est nommé recteur de la paroisse de la Résurrection à Meudon dont il sera le père et pasteur aimant durant près de 35 ans.

Il se passionne pour l’histoire de l’Église, fait des recherches sur les saints occidentaux, crée une cartothèque qui devient rapidement une mine de renseignements dans divers domaines et notamment celui de l’Église soviétique, ce qui fit de lui, pendant de longues années, un spécialiste irremplaçable du Patriarcat de Moscou. Il crée un "Centre Orthodoxe d’Information" qui édite un journal en langue française, "Nouvelles du Monde Orthodoxe", qui sera pendant longtemps le seul organe d'information orthodoxe en France; à ce titre il fut un des membres fondateurs de l’APIR (Association Professionnelle des Informateurs Religieux), dont il fut longtemps l’unique "journaliste" orthodoxe et, à ce titre, ami de tous les grands journalistes religieux de France. Il collabora par de nombreux articles à la revue "Itinéraires". En 1964, il publie un livre important en langue russe, "Proche Orient – Berceau de l’Orthodoxie", où il retrace en 351 pages l’histoire et l’actualité des grands Patriarcats d’Orient. En 1971 et 1973, il publie successivement deux ouvrages en langue française à vocation missionnaire, "Commentaires sur la Divine Liturgie" (64 pages), et "Commentaires sur les Sacrements" (119 pages) qui sont le fruit de causeries qu’il organisait avec ses paroissiens dans le cadre des "Jeudis orthodoxes de Meudon". En 1980, la Revue "Est & Ouest" publie un numéro entier qu’il avait rédigé sur la situation de l’Église Orthodoxe en URSS. Son dernier ouvrage enfin, "Les martyrs de Lyon et leur temps" (167 pages), fruit de longues recherches et d’amour pour les saints martyrs, paraîtra en 1986, alors qu’il était déjà physiquement très diminué par sa maladie et avait pratiquement perdu l’usage de ses mains.

L’une des dernières grandes œuvres de sa vie active fut la construction (1980–1982), sur l’emplacement même de la première église-baraque, d’une grande et belle église "en dur" où fut célébré l’an dernier le soixante-dixième anniversaire de la paroisse de la Résurrection.

Après s’être confessé et avoir reçu la Communion en pleine conscience, le père Alexandre Troubnikoff bénit une dernière fois sa matouchka et ses enfants et s’endormit paisiblement dans le Seigneur le 9 octobre 1988.

Que cette brève évocation nous remette en mémoire celui qui fut une grande figure de notre Église. Mémoire éternelle!".