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Bernard Le Caro. Véritable Orthodoxie ou arbitraire? |
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VÉRITABLE ORTHODOXIE OU ARBITRAIRE ?
" L’Eglise n’a pas été faite pour que ceux qui s’y rassemblent se séparent,
mais pour que ceux qui sont séparés s’unissent"
S. Jean Chrysostome
Dans l’Ancien Testament se trouve un récit, selon lequel Saül voulait justifier ses agissements arbitraires par le fait de vouloir accroître les sacrifices qu’il offrait à Dieu, mais il lui fut dit par le prophète : " Le Seigneur trouve-t-Il du plaisir dans les holocaustes et les sacrifices, comme dans l’obéissance à la voix du Seigneur ? L’obéissance vaut mieux que les sacrifices... car la désobéissance est aussi coupable que la divination, et la résistance ne l’est pas moins que l’idolâtrie ". En raison de sa désobéissance, Saül fut rejeté par Dieu et l’Esprit du Seigneur, l’Esprit d’Amour, l’Esprit de Bonté, le quitta. Pour cette raison, il n’est pas étonnant que ceux qui quittent le Corps du Christ, " constituant ", selon l’expression des canons, " des assemblées séparées ", se divisent, car l’Esprit du Seigneur ne les réunit plus. En effet, selon l’office de la Pentecôte, c’est l’Esprit Saint qui " réunit l’institution de l’Église ". C’est précisément là la différence entre l’Église Russe à l’Étranger et les groupuscules se prétendant " véritables chrétiens orthodoxes ". Le Métropolite Antoine de Kiev agit avec la bénédiction de la Haute Administration Ecclésiale, ayant à sa tête le saint Patriarche Tykhon. Il obtint également l’autorisation du locum tenens du Patriarche de Constantinople pour constituer l’administration ecclésiale à l’étranger. Or, les prétendus " véritables chrétiens orthodoxes " agissent sans bénédiction d’un quelconque pouvoir ecclésial supérieur. C’est ainsi que le fondateur du groupe dit " Église Russe véritablement orthodoxe ", le défunt archevêque Lazare (Jourbenko), qui, en son temps, fut membre du Concile des Evêques de l’Église Russe à l’Etranger, ne reçut la bénédiction de personne pour mener son existence séparée. En 1990 déjà, il s’adressait en ces termes au Concile des Évêques, dont le primat était alors le métropolite Vitaly : considérant " qu’il y a des sergianistes et des franc-maçons secrets ( !) " dans l’Église Russe à l’Etranger, " J’ai accompli à bien plaire les décisions du Synode " de ladite Église " et les décrets du Primat... Je déclare que, sur la base du décret N° 362 du saint patriarche Tykhon (...) les décisions du Concile et du Synode de l’ Église Russe à l’Etranger ne présentent pas un caractère obligatoire (pour mon diocèse) ", et ce douze ans avant tous pourparlers entre l’Église Russe à l’Étranger et le Patriarcat de Moscou ! On peut dire la même chose au sujet des autres groupes qui se sont séparés de l’Église Russe à l’Étranger.
Ce n’est pas en vain que l’apôtre Paul appelle l’Église un " corps ", car, comme l’exprime le hiéromartyr Hilarion (Troïtzky), " deux corps ne peuvent être liés organiquement... La jambe dit-elle : je n’appartiens pas au corps, parce que je ne suis pas le bras ? ... l’œil ne peut dire au bras : tu ne m’es pas utile ; de même la tête ne peut dire aux jambes : je n’ai pas besoin de vous ". S. Hilarion continue : " Dans l’organisme du corps, les membres individuels ne peuvent jamais croître et se développer séparément l’un de l’autre, mais toujours en relation avec tout l’organisme. Il en est de même dans l’Église ". Pour cette raison, celui qui constitue une hiérarchie hors de ce corps, se trouve hors de l’Église.
Actuellement, il existe dans le monde orthodoxe environ 15 groupuscules de prétendus " véritables chrétiens orthodoxes ", qui ne sont pas en communion les uns avec les autres. Comme le dit S. Théophane le Reclus : "Où est là l’Église Une du Christ ? De quel Corps de l’Église s’agit-il lorsque tous les membres se sont séparés dans des directions différentes ? Et peut-on dire que le seul Pasteur Divin est leur Pasteur ?". Ces groupes ne sont pas de simples " juridictions " : toutes les juridictions russes (Église Russe à l’Etranger, Exarchat russe de Constantinople, Église Orthodoxe en Amérique), se sont toujours trouvées en communion avec l’Église Orthodoxe Universelle : l’Église Russe à l’Etranger par l’intermédiaire du Patriarcat de Serbie ou de Jérusalem, l’Exarchat par le Patriarcat de Constantinople, l’Église Orthodoxe en Amérique par le Patriarcat de Moscou. Les saints hiérarques des catacombes Cyrille de Kazan, Agathange de Yaroslavl’ et Joseph de Pétrograd n’ont pas créé une nouvelle Eglise, indépendante : ils commémoraient le locum tenens légal, le hiérarque Pierre de Kroutitza, par lequel ils étaient en communion avec l’Eglise Orthodoxe Universelle. Jusqu’à son bienheureux trépas, le métropolite Philarète, connu pour son zèle envers la vérité ecclésiale, commémora le Patriarche de Jérusalem dans les monastères de l’Église Russe à l’Étranger en Terre Sainte, et ce malgré la commémoration par celui-ci de tous les Patriarches, dont celui de Moscou. En conséquence, le métropolite Philarète était en communion avec ce que certains qualifient aujourd’hui avec dédain d’Orthodoxie " mondiale ".
Selon les paroles du célèbre canoniste Nicolas Milaš, " si, dans chaque société, un ordre strict doit être observé, et chacun y connaître sa place (...), cela est d’autant plus vrai pour l’Eglise du Christ sur terre ". Pour cette raison, selon les canons, un prêtre qui se détache de son évêque est qualifié d’" usurpateur de pouvoir ", les laïcs restant en communion avec celui-ci étant retranchés " de la communion ecclésiale ". On considère souvent que " la succession apostolique " est suffisante pour qu’un évêque soit effectivement orthodoxe, et, par voie de conséquence, que les sacrements célébrés par lui soient porteurs de la Grâce Divine. Or, l’histoire de l’Église nous enseigne le contraire : au IVè siècle, un aventurier, Maxime " le cynique ", souhaita s’emparer de la cathèdre de Constantinople et, pour ce faire, se fit consacrer par deux évêques canoniques du Patriarcat d’Alexandrie. Toutefois le 2è Concile Œcuménique ne reconnut pas son épiscopat, disposant dans son 4è canon : " Maxime n’a pas été et n’est pas évêque ". A ce sujet l’évêque Grégoire (Grabbe) remarque à juste titre : " Pour que le sacrement du sacerdoce soit réel, il ne suffit pas que l’ordination soit effectuée par des évêques réguliers, mais les règles concernant l’élection et la nomination de l’évêque doivent également être observées ". Cela signifie que les évêques de " Église russe véritablement orthodoxe " et des mouvements similaires ne peuvent, selon l’enseignement orthodoxe sur l’Église, être considérés comme évêques.
Seule une circonstance permet de rompre toute communion avec son évêque : lorsque celui-ci prêche ouvertement une hérésie déjà condamnée par les Pères lors des Conciles Œcuméniques. Mais même dans ce cas, les canons n’autorisent que de suspendre la commémoration du hiérarque " jusqu’à l’examen conciliaire ", " afin de préserver l’Eglise des schismes ". Pour cette raison, les canon ne permettent pas de commémorer un autre évêque ou de créer une nouvelle hiérarchie.
Selon S. Jean de Changhaï " il faut toujours avoir en esprit devant soi (...) le métropolite Antoine, semblable aux hiérarques des temps anciens, et dans les cas difficiles, se demander comment il aurait agi ". C’est précisément alors que le métropolite Antoine était primat de l’Eglise Russe à l’Etranger, que le Patriarcat Œcuménique et d’autres Eglises autocéphales adoptèrent le nouveau calendrier, dont l’adoption pouvait faire naître des craintes légitimes. Le Patriarche de Constantinople Basile III, " néo-calendariste ", dont il sera question ci-après, était non seulement un moderniste, mais également un œcuméniste.
Au début de sa lettre au hiéromoine athonite Théodose, le métropolite Antoine posa la question essentielle : " Il faut toujours penser à tout : et que résultera-t-il pour la sainte Eglise et pour nos âmes, de la démarche que j’entreprends? " Le métropolite écrit plus loin : " Il faut agir avec économie en ce qui concerne la question du maintien ou de l’interruption de la communion (avec le Patriarche), suivant en cela la volonté de Dieu révélée par la Tradition, les canons et les exemples des vies de saints ", étant entendu que " dans certains cas, la cessation des relations avec le fautif n’est obligatoire que pour les évêques ". Du point de vue des saints canons, le hiérarque, dans sa lettre au hiéromoine athonite Hilarion, précise : " Commémorez comme précédemment le Patriarche Basile... Le 15è canon du Concile Prime-Second ne permet de se séparer du Patriarche que lorsqu’il est condamné par un concile pour une hérésie manifeste. Jusque là, on ne peut que ne pas accomplir ses exigences illégitimes... Le hiérarque Taraise, patriarche de Constantinople, nous enseigne par son exemple quelle valeur il faut attribuer à la paix ecclésiale. Que le père Théophane célèbre tranquillement comme prêtre et prie pour la stabilité des saintes Eglises de Dieu ". Dans une autre lettre, au hiéromoine Théodose, Mgr Antoine explique : " Je suis peiné que vous ayez persuadé la communauté monastique de ne pas prier pour le Patriarche Basile... Le monachisme athonite sera alors divisé, contrairement à la Tunique sans couture du Christ. Priez, afin que le Seigneur éclaire le vieil insensé (le Patriarche)... " Il est intéressant de constater que le Métropolite faisait passer l’unité du monachisme athonite avant toute prétendue " véritable orthodoxie ". En effet, dans la réflexion à long terme qui lui était propre, le grand hiérarque comprenait ce qui résulterait de ces mouvements : " De cette façon (en dehors de la communion avec le Patriarche), vous vous apparenterez (vieux-croyants) sans prêtres, ou à tout le moins aux schismatiques ". Il répète dans une autre lettre : " En s’empressant de se séparer (les zélotes) peuvent se trouver dans l’un des abîmes dans lesquels ont sombré les (vieux-croyants) sans prêtres ". Il convient de souligner que le Métropolite n’a pas écrit de simplement commémorer le Patriarche, mais de prier pour lui, afin que le Seigneur " l’éclaire ". Ainsi, le Métropolite considérait comme remède aux déviations ecclésiales non le schisme, mais la prière. En conclusion, le Métropolite écrit aux zélateurs irraisonnés : " Votre zèle est certes louable, mais il est douteux que le soient aussi les agissements singuliers et le jugement anticipé des évêques ! "
Le père Justin Popovitch, disciple du métropolite Antoine suivit la conduite de son maître, commémorant son évêque diocésain, malgré le fait que le Patriarche Germain de Serbie était alors président du Conseil Œcuménique des Églises. C’est un fait peu connu que le père Justin célébra un office de requiem pour le Patriarche Athénagoras, dont il considérait l’ecclésiologie comme hérétique. En effet, le patriarche n’ayant point été condamné par l’Église, le père Justin considérait qu’il restait membre de celle-ci.
Selon les paroles du hiéromartyr Hilarion (Troïtzky) : "S’isoler, se renfermer su soi, c’est... pour une Eglise Locale, la même chose que pour le rayon se séparer du soleil, pour le ruisseau se séparer de la source, pour la branche se séparer du tronc. La vie spirituelle ne peut exister que dans le lien organique avec l’Eglise Universelle ; que ce lien soit coupé, et la vie chrétienne s’assèche immanquablement ". C’est ce dont témoigne la conduite des prétendus " véritables orthodoxes " qui divisent les monastères, les paroisses, les familles... Est-ce là l’accomplissement de la volonté de Dieu ? Il faut détruire ses passions à l’aide de l’Eglise et non détruire l’Eglise par ses propres passions ! Les paroles suivantes du staretz athonite Païssios sont à cet égard caractéristiques : " Si tu veux aider l’Église, efforce-toi plutôt de te corriger toi-même, et ainsi, tu une petite parcelle de l’Église sera mise en ordre. Il est clair que si tous agissaient ainsi, l’Église se trouverait dans un ordre parfait. Mais aujourd’hui, les hommes s’occupent de tout ce qui est possible sauf d’eux-mêmes, parce qu’il est facile de s’occuper des autres, tandis qu’il faut se donner de la peine pour s’occuper de sa propre personne".
Comme le dit S. Jean de Changhaï, " Plus d’une fois, l’Orthodoxie s’est trouvée au bord de l’abîme, mais, peu de temps après, le moment de sa puissance non seulement interne, mais aussi externe, commençait". En effet, c’est le Seigneur Lui-même qui sauve Son Eglise. En l’an 2000, certains clercs de notre diocèse d’Europe Occidentale voulurent " sauver " l’Église Russe à l’Étranger. Il en résulta la création de trois groupuscules antagonistes. Indubitablement, la " Véritable Église Orthodoxe Russe ", à l’instar des autres groupuscules, se divisera également. Or, c’est précisément maintenant, alors que s’engage une lutte pour préserver l’enseignement orthodoxe sur l’Église, que le bon pasteur doit " donner sa vie pour son troupeau ", tandis que " le mercenaire... abandonne le troupeau... et s’enfuit ". Ceux de nos hiérarques qui se trouvèrent après la seconde guerre mondiale dans le monde communiste, continuèrent à célébrer, cette fois sous l’omophore du Patriarcat de Moscou, tout en continuant à confesser courageusement la Vérité. Ainsi, par exemple, l’archevêque Séraphim (Sobolev) éleva-t-il sa voix au Concile des Églises Autocéphales réuni à Moscou en 1948 pour condamner le mouvement oecuménique. On peut aussi prendre exemple sur le métropolite Philarète (Voznesensky) qui, se trouvant à Harbin, et bien que fortement déçu par la ligne suivie par le Patriarcat de Moscou, continua à célébrer pour ne pas abandonner ses fidèles. Commémorant aux offices le Patriarche Alexis Ier de Moscou, il ne se soumit pas aux " exigences illégitimes " de celui-ci, pour reprendre l’expression du Métropolite Antoine : il refusa de commémorer le pouvoir athée.
S. Tykhon de Moscou nous a montré la voie : " Ce n’est que sur cette pierre – la guérison du mal par le bien – que s’édifiera la gloire et la grandeur détruites de la Sainte Église Orthodoxe en Terre Russe ". Aux tenants d’une autre voie, celle suivie par " l’Eglise véritablement orthodoxe de Russie " et tous les autres mouvements similaires, l’archevêque Antoine de Genève, a dit en quelque sorte prophétiquement, lors du Concile de la Diaspora de 1974 : " Pour s’engager sur cette voie (celle de la séparation de l’Eglise Russe à l’Étranger de l’Église Orthodoxe Universelle), il nous faudrait au préalable renoncer au passé de notre Église et le condamner... Qu’y a-t-il de plus important pour nous, l’Église même et les forces vives qui s’y trouvent ou bien, ses représentants éphémères, peut-être indignes ? En raison de ces derniers, faut-il rompre avec l’Eglise Universelle, dans laquelle la majorité pense comme nous, dans laquelle souffle, malgré notre indignité, l’Esprit Saint ? Qui punirons-nous de cette façon ? Seulement nous-mêmes ! "
Bernard Le Caro
Membre du IVe Concile Général de l’Eglise Russe à l’Etranger
Genève, le 15 mai 2007
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