Ayez honte de commettre le péché, n’ayez pas honte d'en faire pénitence. Examinez ce que le démon fait en vous. Il faut bien distinguer le péché et la pénitence. Le péché est la plaie, la pénitence est le remède. Ce que le remède et la plaie sont au corps, le péché et la pénitence le sont à l'âme. Le péché renferme la honte, la pénitence donne la confiance. Écoutez-moi avec attention, je vous en conjure, afin de ne pas confondre l'ordre des choses, et de ne pas perdre le fruit de mes instructions. Remarquez bien ce que je dis : Plaie et remède, péché et pénitence. Le péché est la plaie, la pénitence est le remède. La plaie produit la corruption, le remède arrête le progrès de la corruption. Le péché souille l'âme, il enfante le ridicule et l'opprobre; la pénitence fait naître la liberté et la confiance, en même temps qu'elle fait disparaître la souillure du péché. Observez que la honte suit le péché, et que la confiance accompagne la pénitence. Eh bien ! Retenez ceci, le démon renversant l'ordre, attache la confiance au péché et la honte à la pénitence. Je reviens sans cesse jusqu'à ce que je me sois bien expliqué; et je ne puis finir avant d'avoir prouvé ce que j'ai avancé. Il faut distinguer la plaie et le remède. La plaie produit la corruption, le remède arrête le progrès de la corruption. La corruption est-elle dans le remède? La guérison est-elle dans la plaie? Ces objets n'ont-ils pas leur ordre naturel? Peut-on faire marcher l'un avant l'autre? Non, sans doute. Appliquons cela aux maladies de l'âme. Le péché a pour partage l'opprobre et l'ignominie; la pénitence a pour cortège la confiance, le jeûne, la justification. Confessez le premier vos iniquités, dit l'Écriture, afin que vous soyez justifié. (Is. XLIII, 26.) Le juste est son premier accusateur. (Prov. XVIII, 17.) Ainsi le démon, qui sait que le péché renferme la honte, laquelle est fort propre à ramener le pécheur, et que la pénitence est suivie de la confiance, laquelle est de nature à attirer le pénitent, par un renversement d'ordre, attache la honte à la pénitence et la confiance au péché (…) Confessez le premier vos iniquités, afin que vous soyez justifié. O bonté du Seigneur ! l'Écriture ne dit pas: afin que vous ne soyez point puni, mais : afin que vous soyez justifié. Il ne Te suffit donc pas, ô mon Dieu, de ne point punir le coupable, Tu le justifies encore ! Oui, sans doute, dit-Il (observez ceci, mes frères), Je le rends juste. Et qu'est-ce qui le prouve ? L'exemple du larron de l'Évangile. Pour avoir dit seulement à son compagnon : Est-ce que tu ne crains pas Dieu? Pour nous, nous souffrons justement, et nous portons la peine de nos crimes, le Sauveur lui dit : Tu seras aujourd'hui avec moi dans le ciel. (Luc, XXIII, 40, 41 et 43.) Il ne lui dit pas : Je t’affranchis du supplice, je t’épargne toute punition; mais Il l'introduit dans le ciel comme juste. Vous voyez que la confession de ses fautes l'a rendu juste. Dieu a aimé les hommes jusqu'à ne pas épargner son Fils pour épargner l'esclave. (…) O bonté du Seigneur! Ne me dites donc plus : J'ai commis un grand nombre de fautes; comment pourrai-je les expier? Vous ne pouvez rien, le Seigneur peut tout; il effacera, oui, il effacera tellement vos péchés, qu'il n'en restera aucune trace.
Tiré des Feuillets liturgiques de la Cathédrale de l’Exaltation de la Sainte Croix. Genève, 2/15 mars 2009.