Dimanche de l'Orthodoxie Version imprimable Suggérer par mail
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LE TRIOMPHE DE L’ORTHODOXIE

A l’occasion du dimanche de l’Orthodoxie, lorsque l’Église célèbre sa victoire non seulement sur l’iconoclasme, mais aussi sur toutes les autres hérésies, nous reproduisons ci-dessous des extraits du « commonitorium » (1) de S. Vincent de Lérins  († vers 450), dont le dessein était de définir la « règle pour distinguer la vérité de l’erreur ».

« Souvent, avec le plus grand soin et beaucoup d’attention, j’ai interrogé de très nombreux hommes, aussi saints que savants. A tous je demandai : « Existe-t-il une règle sûre, d’application générale, canonique en quelque sorte, qui me permette de distinguer la vraie foi catholique [c’est-à-dire universelle, orthodoxe] de l’erreur des hérésies ? » De tous, j’ai toujours reçu la même réponse : « Si tu veux, toi ou quelque chrétien (…) demeurer sain et sans tache dans une foi saine, alors avec l’aide du Seigneur, abrite ta foi sous l’autorité de la loi de Dieu [c’est-à-dire la Sainte Écriture], puis sous la Tradition de l’Église ». On m’objectera peut-être : « mais le Canon des Écritures est parfait ; il se suffit largement à lui-même. Pourquoi donc y ajouter l’autorité de l’interprétation qu’en donne l’Église ? » Précisément parce que le sens de l’Écriture est si profond que tous ne l’entendent pas pareillement, ni universellement. Les mêmes mots sont interprétés différemment par les uns et par les autres. On pourrait presque dire qu’il y a autant de commentaires de l’Écriture qu’il en existe de lecteurs ! Novatien expliquait l’Écriture d’une certaine façon ; Sabellius d’une autre ; Donat avait ses propres idées sur le sujet ; et Arius, Eunome, Macedonius, Photin, Apollinaire, Priscillien, Jovinien, Pélage, Celestius, Nestorius, tous ont eu leur opinion personnelle… Il est donc bien nécessaire, devant cette erreur aux replis si variés, de soumettre l’interprétation des Livres prophétiques et apostoliques à la règle du sens ecclésial et orthodoxe.

Dans l’Église catholique [c’est-à-dire universelle, orthodoxe] même, il faut veiller avec le plus grand soin, à tenir pour vrai ce qui a été cru partout, toujours et par tous… Plus je pense à tout cela, plus je suis étonné de la folie de certains, de l’impiété de leur âme aveugle, de leur passion pour l’erreur. Car ils ne se contentent pas d’une règle de foi traditionnelle, reçue depuis l’antiquité. Mais de jour en jour, ils veulent du nouveau, encore du nouveau ! Ils brûlent toujours d’envie d’ajouter, de changer, de supprimer quelque chose à la religion. Comme si elle n’était pas un dogme céleste dont il suffit qu’il nous ait été révélé, mais plutôt comme s’il s’agissait de quelque doctrine terrestre qui ne parvient à la perfection qu’après de constantes corrections. Pourtant les paroles divines ne proclament-elles pas : « Ne déplace pas les bornes que tes pères ont posées » (Prov. XXII,28), et aussi : « Ne juge pas par-dessus le Juge » (Si. VIII,14), et « Qui coupe la haie, le serpent le mord » (Eccl. X,8), et encore cette parole de l’Apôtre qui, telle un glaive spirituel, décapitera toujours les nouveautés criminelles de l’hérésie : « O Timothée, garde bien le dépôt, évite les paroles nouvelles et impies et les objections d’une pseudo-science, car pour s’y être attachés, certains se sont égarés de la foi » (I Tim. 20,21) (…). Qu’est-ce qu’un dépôt ? Un dépôt, on te l’a confié ; tu ne l’as pas trouvé. C’est quelque chose que tu as reçu et non élaboré toi-même ; il ne provient pas de ton intelligence personnelle, mais de la doctrine ; il n’est pas réservé à l’usage privé, mais fait partie d’une tradition publique. Il est venu vers toi, tu n’en es pas l’auteur, mais le simple gardien. Tu ne l’as pas institué… Tu ne le diriges pas, tu dois le suivre. Conserve donc inviolé et intact ce talent (Matth. XXV,13) de la foi catholique. Ce qui t’a été confié, garde-le chez toi et transmets-le. Tu as reçu de l’or, c’est de l’or qu’il faut rendre. Je n’admets pas que tu substitues impudemment une chose à une autre, du plomb ou du bronze à de l’or. Je ne veux ni simili ni plaqué, mais de l’or pur… ».

(1) Traduction de Michel Meslin, Namur 1959

Tiré des Feuillets liturgiques de la Cathédrale de l’Exaltation de la Sainte Croix. Genève, 23 février / 8 mars 2009.

 
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