Nicolas Ross. Après le 17 mai Version imprimable Suggérer par mail
" Prenons-nous par la main, mes amis… "

Boulat Okoudjava

En septembre 1974, le métropolite Philarète, au nom du Concile de l’Église orthodoxe russe hors-frontières (plus bas : EORHF), adressa un appel à l’Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale dans l’obédience du Patriarcat de Constantinople (plus bas : Archevêché). Il proposait " à n’importe quel moment, dans n’importe quel lieu, à n’importe quel niveau, […] se rencontrer […] pour éclaircir les possibilités de notre rapprochement fraternel, qui sera une grande joie pour les enfants fidèles de l’Église et un grand coup pour ses ennemis ".

L’appel du Concile de l’EORHF n’indiquait aucune condition préalable pour le début des pourparlers, mais soulignait quelle était la différence principale entre l’EORHF et l’Archevêché, les deux branches de l’Église orthodoxe russe en émigration : l’Archevêché se trouve sous l’autorité du Patriarcat de Constantinople, qui lui assure " la reconnaissance de tout le monde orthodoxe ", ce qui entraîne également une dépendance " des décisions de ce patriarcat, qui peuvent s’avérer injustes et indésirables ". L’EORHF, quant à elle, ne dispose pas " de la reconnaissance officielle de l’ensemble du monde orthodoxe ", mais bénéficie, pour cette raison même, " d’une liberté absolue ". Le métropolite Philarète faisait référence aux paroles d’Alexandre Soljénitsyne dans une lettre qu’il avait adressée au Concile de l’EORHF : " La seule voie juste, c’est la voie qui mène à la future union de toutes les branches de l’Église russe. La doctrine qui a causé la perte de notre pays était continuellement inspirée par les idées d’une séparation permanente, c’est pour cela que la reconstruction de la Russie ne pourra se faire que par une réunion de toutes ses forces physiques et spirituelles ". L’appel du Concile de l’EORHF indiquait qu’il ne fallait pas " regarder en arrière, vers notre passé ", mais précisait néanmoins que le droit de l’Église hors-frontières à se considérer comme la partie libre de l’Église orthodoxe russe se fondait sur " la résolution canonique du très saint Patriarche Tikhon du 7/20 novembre 1920 " (1).

Globalement, l’appel du Concile de l’EORHF essuya un refus de la part de l’Archevêché. La réponse officielle de ce dernier prit la forme d’une déclaration du 20 janvier 1975, rédigée au nom de l’Administration de l’Archevêché des églises orthodoxes russe en Europe occidentale par Mgr Georges (Wagner), évêque vicaire de l’archevêque Georges (Tarassoff). On indiquait dans cette déclaration qu’effectivement l’Archevêché considérait comme indispensable non seulement la reconnaissance du monde orthodoxe, mais également l’existence de relations soutenues avec lui. Si une entité ecclésiale est provisoirement privée de cette relation, " elle doit obligatoirement la rétablir, dès qu’elle en apparaîtra la possibilité, c’est en cela que nous voyons le sens principal de la résolution du très saint Patriarche Tikhon du 7/20 novembre 1920 " (2). Dans le cas de l’Archevêché, qui ne peut renoncer à ses relations avec le monde orthodoxe, celles-ci doivent passer par le Patriarcat de Constantinople.

" Étant par nos origines une Église d’exilés, nous cherchons par tous les moyens à protéger notre existence des influences étrangères à l’Église et, tout particulièrement, des influences ayant pour origine les pouvoirs athées et qui lui sont hostiles. Nous considérons que les communautés ecclésiales de l’émigration orthodoxe russe possèdent leur place propre, leur propre service de l’Église et leur propre témoignage dans le monde orthodoxe. Mais nous pensons que ce témoignage doit être assuré de l’intérieur de l’enceinte sacrée de l’unité canonique de l’universalité orthodoxe ".

Mgr Georges souligne la nécessité des liens avec l’Église de Constantinople : " Nous ne sommes pas "partis chez les Grecs", comme nous en accusent parfois les gens mal informés, mais notre province ecclésiale, se trouvant hors des frontières de la Russie et autonome en ce qui concerne ses affaires internes, garde ses liens avec le monde orthodoxe au travers de l’Église qui a été la Mère de la sainte Église de Russie ". En réponse à la référence aux fondements canoniques de l’EORHF assurés par la résolution du patriarche Tikhon du 7/20 janvier 1920, il rappelle le décret du 22 avril/5 mai 1922, par lequel le patriarche de Moscou " a remis au métropolite Euloge la responsabilité de l’administration des églises russe à l’étranger " (3). Le métropolite Euloge, affirme Mgr Georges, " plus qu’aucun des autres évêques exilés, souffrit de l’horreur des déchirements dans l’Église et chercha sans cesse à trouver les voies d’une réconciliation réciproque ". La position de l’Archevêché est exposée de la manière la plus nette dans le paragraphe suivant :

" Accablés par la triste réalité des conflits à l’intérieur de l’Église, nous entendons avec amour chaque appel à la réconciliation. Cependant, nous ne pouvons concevoir une quelconque réunification en dehors de relations vivantes avec l’ensemble du monde orthodoxe. Mais même si notre appel à l’unité de l’Église sur une base canonique régulière n’était pas immédiatement compris, nous souhaiterions tout de même que s’établissent le plus vite possible entre les frères séparés des relations en accord avec la sainteté de notre foi commune " (4).

Trois décennies plus tard, le 18 mai 2007, au lendemain du rétablissement de l’union eucharistique entre l’EORHF et l’Église orthodoxe de Russie (Patriarcat de Moscou), Mgr Gabriel (de Wilder), Archevêque des églises orthodoxes russes en Europe occidentale, publia une déclaration, où on pouvait lire :

" Le retour de l’unité eucharistique entre le Patriarcat de Moscou et l’Eglise russe hors-frontières devrait permettre également à cette dernière de rétablir le lien canonique indispensable avec la plénitude de l’Orthodoxie universelle, et donc aussi avec notre entité ecclésiale, nous permettant ainsi dorénavant de communier ensemble au même Calice. […] Ainsi, s’ouvre l’opportunité d’établir de bonnes relations entre nous, pour le bien du peuple de Dieu, qui nous a été confié par le Seigneur, et pour l’intégrité du témoignage de la foi orthodoxe, là où le Seigneur nous a appelés à vivre les uns avec les autres […].

En ce qui concerne notre Exarchat, il faut bien comprendre que sa situation est différente de celle dans laquelle se trouvait jusqu’à présent l’Eglise russe hors-frontières. Cette dernière s’était d’elle-même coupée du reste de l’Orthodoxie universelle depuis de nombreuses décennies, alors que conformément à l’enseignement des Saints Pères tout organisme ecclésial a besoin d’être en communion vivante avec l’ensemble de l’Église. Pour nous, ce lien est assuré par notre statut au sein du Patriarcat de Constantinople, qui depuis plus de soixante-dix ans a permis à notre entité ecclésiale de vivre en toute autonomie et de la protéger des influences étrangères à l’Église.[…] Il nous faut maintenant regarder ensemble vers l’avenir. Le rétablissement de la communion avec le Patriarcat de Moscou, et au-delà avec le reste de l’Église universelle, implique logiquement de la part de l’Église russe hors-frontières une adhésion au travail commun qui est fait, dans de nombreuses contrées, entre les évêques orthodoxes de différentes juridictions, afin de témoigner ensemble de la foi orthodoxe et d’œuvrer, dans la coopération et la bonne entente, à l’édification et au salut des chrétiens orthodoxes qui vivent dans ces pays […].

Il existe déjà, depuis longtemps en France, plus récemment en Allemagne, une expérience de ce travail. Ce témoignage d’unité et d’amour doit conduire les orthodoxes de nos pays à agir ensemble en vue de l’édification d’une Église une, qui ne peut s’inscrire que dans une perspective locale, territoriale, au-delà des différences de nationalités ou d’origines ethniques, ce qui ne veut pas dire qu’ils abandonneraient leurs traditions liturgiques, leurs langues et leurs coutumes, ni leurs liens d’amour et d’affection pour leurs différentes Églises-mères ".

Ainsi, tout en se félicitant officiellement du retour de l’EORHF dans le sein de l’orthodoxie universelle à la suite de sa réunification avec l’Église orthodoxe de Russie, Mgr Gabriel considère que cet événement ne concerne qu’indirectement son propre Archevêché, puisque ce dernier a choisi une tout autre voie : la voie de la création, dans l’obédience du Patriarcat de Constantinople, d’une Église orthodoxe locale supranationale.

Tous les fidèles des églises de l’Archevêché ne reprennent pas à leur compte l’attitude officielle de leur hiérarchie, et beaucoup ont accueilli l’événement du 17 mai avec joie et espoir. Mais il n’en reste pas moins que peu d’entre eux, même parmi les clercs et les laïcs les plus attachés à leurs valeurs traditionnelles, appellent de leurs vœux une simple réunification administrative avec l’EORHF. Le souvenir des conflits passés qui, à certaines périodes, avaient pris un caractère extrêmement pénible, n’est pas encore effacé. Il semble également à de nombreux fidèles de l’Archevêché que l’EORHF est trop conservatrice, trop éloignée de la vie actuelle. Même les plus bienveillants sont désorientés par les conflits et les schismes qui déchirent actuellement l’Église hors-frontières. Sur tous ces points, ils espèrent une communication mieux aboutie de la part de l’EORHF.

Un autre obstacle important sur la voie de la réunification de l’EORHF et de l’Archevêché (du moins en France) est l’impression que dans les paroisses de l’Église hors-frontières domine une tendance au repliement sur soi, qu’elles ne cherchent pas réellement à sortir de leur propre cadre ecclésial. Il est possible que cette tendance soit une conséquence des liens actifs qui existent entre les communautés de l’EORHF sur le plan mondial, par exemple des rencontres entre membres du clergé ou jeunes originaires de tous les continents. Si des liens de coopération amicale parviennent à s’établir entre l’EORHF et l’Archevêché, les fidèles de ce dernier pourraient trouver un grand profit dans une participation aux activités " mondiales " de l’Église hors-frontières. Ils pourraient mieux se rendre compte, par exemple, que la diaspora russe est beaucoup plus large, active et variée qu’on le pense généralement en Europe occidentale, et tout particulièrement en France.

Au niveau principal de la vie religieuse, le niveau paroissial, la coopération entre les fidèles des diverses juridictions de l’émigration est beaucoup plus développée que ne le pensent certains. En général, elle ne rencontre guère d’obstacles de la part de nos hiérarchies respectives. Cette activité commune a déjà une longue histoire. Dans les domaines de la peinture d’icônes ou du chant sacré, par exemple, qui sont si importants pour faire découvrir la richesse spirituelle de l’orthodoxie aux non-orthodoxes, s’est établie depuis longtemps une coopération réelle entre représentants des différentes juridictions. Dans les camps d’été de certains mouvements de jeunesse (vitiaz, éclaireurs), l’encadrement spirituel est, depuis des décennies, assuré par des prêtres (ou des évêques) de l’Archevêché aussi bien que de l’EORHF (et de nos jours également de l’Église de Russie). En 1988, la célébration du millénaire du Baptême de la Russie a été organisée avec un grand succès par un comité, siégeant rue Daru, dans lequel l’archiprêtre Michel Artzimovitch représentait l’EORHF. Et lors de la soirée solennelle du 12 mai, qui constitua l’un des points forts de ces célébrations, les archevêques Georges (Wagner) et Antoine de Genève étaient assis aux places d’honneur, presque à côté l’un de l’autre (entre eux était assis le grand-duc Vladimir Kirillovitch…).

Dans les centres les plus importants de l’émigration russe, là où existe une liberté de choix de son lieu de culte, l’appartenance juridictionnelle d’une paroisse ne joue qu’un rôle secondaire depuis les années d’avant-guerre. La personnalité du recteur, le style des célébrations liturgiques, la qualité du chant et, encore plus souvent, la proximité du lieu et sa desserte par les moyens de transport, ont constitué des facteurs de choix plus décisifs. Lorsque fut fondée à Paris la paroisse du Patriarcat de Moscou de la rue Pétel (en 1931), la plupart de ses paroissiens, au témoignage du chroniqueur de la vie religieuse de l’émigration russe Pierre Kovalevsky, la choisirent surtout parce qu’elle se trouvait à proximité de leur domicile. D’autres étaient attirés par le style sévère de ses célébrations liturgiques, d’autres encore la fréquentaient en raison de leur attachement à Mgr Benjamin (Fedtchenkov), qui y célébrait. Le même Pierre Kovalevsky rapporte dans son journal que lorsque dans les années 1930 fut fondée par l’EORHF la paroisse Notre-Dame-du-Signe, rue Boileau, dont l’église était vaste et bien aménagée, elle accueillit une bonne partie des paroissiens de l’église russe de Boulogne-Billancourt, qui se trouvait à proximité. De nos jours encore, l’appartenance juridictionnelle d’une église reste un facteur secondaire pour la plupart des fidèles.

Personne, sans doute, ne contesterait l’existence d’une mission spirituelle particulière dévolue à l’émigration russe. Mais on peut la définir de diverses manières. L’évêque Alexandre (Semenoff Tian-Chansky) considérait, en 1975, que cette mission était double : " protéger la tradition orthodoxe russe et son héritage et préparer des acteurs de la vie orthodoxe pour la Russie future ", et, d’un autre côté, " protéger et encourager l’émergence d’une Église orthodoxe d’Europe occidentale " (5).

La première de ces deux missions (qui reste à l’ordre du jour pour certains membres du clergé et fidèles de l’Archevêché) semble pourtant avoir perdu beaucoup de son actualité. Actuellement, alors que l’Église de Russie, libérée du " pouvoir de Satan ", apparaît comme une Église forte et en essor, l’aide que pourraient lui apporter les rangs clairsemés de l’émigration russe apparaît comme peu décisive. Tout au contraire, la " tradition orthodoxe russe " ne pourra sans doute pas perdurer dans nos pays sans une participation active de l’Église de Russie. Nous en recevons, par exemple, de plus en plus de prêtres (mais pas encore suffisamment) dans nos paroisses russophones de l’émigration.

En ce qui concerne la deuxième mission définie par Mgr Alexandre, " la protection et l’encouragement " que l’Archevêché devait assurer à l’Église locale émergente, la tâche semble bien ne pas avoir été à la hauteur de ses ambitions. Malgré les attentes de Mgr Alexandre, l’Archevêché n’a pas connu, ces dernières décennies, un essor réellement perceptible. Quelques dizaines de paroisses, dont un nombre notable reste attaché à la tradition russe, ne peuvent prétendre représenter l’Église locale, même naissante. Par ailleurs, les paroisses (et les communautés religieuses) ayant rompu leurs liens avec la culture des pays d’origine de leurs Églises, ou bien apparues sur une base purement locale, existent dans la plupart des juridictions orthodoxes représentées en Europe occidentale, de tradition russe ou non. En France, à l’heure actuelle, c’est l’Église de Roumanie qui semble la plus dynamique dans le domaine de la création de paroisses purement francophones, et elle n’a pas de relations particulièrement proches avec l’Archevêché de tradition russe. Force est de constater qu’en ce qui concerne la fondation de paroisses sur une base culturelle locale, on observe peu de coordination, et plus souvent de la concurrence que de la coopération. En tout état de cause, il ne semble guère exister de concertation dans ce domaine entre les plus importantes entités ecclésiales orthodoxes en Europe occidentale : le Patriarcat de Constantinople, l’Église de Russie et celle de Roumanie.

Que Dieu vienne en aide à l’émergence et à la prospérité de la future Église orthodoxe locale d’Europe occidentale. Mais le thème de notre présente réflexion est autre : quelles sont les tâches prioritaires qui apparaissent en relation avec la présence non négligeable dans les pays d’Europe occidentale de chrétiens orthodoxes qui souhaitent rester fidèles à la tradition religieuse russe ?

La tâche la plus importante et la plus urgente est d’assurer à la diaspora russe des paroisses où les fidèles pourraient bénéficier d’une vie liturgique et d’un encadrement spirituel de qualité. Chacune de nos hiérarchies reconnaît la nécessité de soutenir et de développer de telles paroisses, mais, à ce jour, il n’existe pratiquement aucune coordination des efforts entrepris dans ce domaine. Pourquoi ne pas confier à nos paroisses russophones les plus importantes et les plus actives, qui ne sont généralement présentes que dans les grandes villes, le tutorat d’une ou de deux régions, particulièrement déshéritées en ce qui concerne la vie religieuse de tradition russe et de langue slavonne ? En France, il existe d’assez nombreux lieux de culte en province, créés par les émigrés dans les années 1920-1930. Certains d’entre eux sont quasi inactifs. D’autres sont passés à des communautés totalement francophones. Ne serait-il pas possible d’organiser épisodiquement, dans les uns comme dans les autres, des célébrations en slavon, assurées par un prêtre russophone, accompagné de deux-trois chantres expérimentés ? Si nos évêques respectifs arrivaient à s’entendre sur ce point, on pourrait créer un comité inter-juridictionnel composé de clercs et de laïcs, apte à prendre en charge l’organisation générale de cette tâche nécessaire (6).

Pour pouvoir se faire une idée juste du présent et de l’avenir de l’orthodoxie de tradition russe en Europe occidentale, il est indispensable de connaître son passé. Et, sur ce point, tout reste à faire. Il n’existe à ce jour aucune histoire générale de la vie religieuse de l’émigration russe en Europe occidentale. Et il n’existe même aucune histoire particulière de chacune des trois entités ecclésiales russes de l’émigration. Dans ce domaine également, il serait peut-être possible de créer une commission inter-juridictionnelle dans le but d’élaborer un ouvrage de référence qui exposerait notre histoire religieuse commune. La rédaction d’ouvrages historiques collectifs par des auteurs ne partageant pas le même point de vue n’est pas exceptionnelle. Et il est loin d’être indispensable de tenter de définir une opinion commune pour chaque question abordée. Si un tel ouvrage collectif est pour le moment irréalisable, que chacune de nos entités ecclésiales publie au moins le sien propre. En 2020, nous fêterons le centenaire de l’Église orthodoxe russe en Europe occidentale. Ce serait une bonne occasion pour tenter une réflexion historique de qualité sur le chemin parcouru en un siècle.

Un troisième domaine qu’on pourrait aborder avec un esprit nouveau pourrait être celui de la vie religieuse de la jeunesse russophone. Bien sûr, les mouvements de jeunesse de l’émigration (ACER-MJO, mouvement Vitiaz, éclaireurs russes) font déjà beaucoup. Mais ils sont loin d’encadrer tous les jeunes d’Europe occidentale qui restent attachés à leur culture russe. Leur activité, par ailleurs, rencontre souvent plus de succès auprès des enfants qu’auprès des jeunes gens plus âgés. L’EORHF et l’ACER ont une riche expérience de l’organisation des congrès de jeunes. La Fraternité orthodoxe également. On pourrait s’inspirer de leur savoir-faire pour élaborer des méthodes d’action plus spécifiques aux objectifs nouvellement définis.

Sans aucun doute, il existe d’autres domaines dans lesquels on pourrait développer une collaboration entre les paroisses orthodoxes de tradition russe des diverses juridictions. Commencer par des objectifs limités, et non par de vastes projets d’union administrative au niveau de nos hiérarchies respectives, apparaît à la fois plus simple et plus sûr. Il y a moins de risque d’approfondir, plutôt que de réduire, notre désunion actuelle, et il est plus facile d’obtenir des résultats encourageants. Pourquoi ne pas essayer ?


(1) Le 2e alinéa de la résolution du 7/20 novembre 1920 du Patriarche de Moscou Tikhon était ainsi libellé : "Dans le cas où un diocèse, à la suite d’un déplacement du front, d’un changement des frontières d’État etc. se trouverait privé de toutes relations avec l’Administration centrale de l’Église, ou bien si l’Administration centrale de l’Église elle-même devait cesser ses activités, l’évêque diocésain devra immédiatement entrer en relation avec les évêques des diocèses voisins et organiser un pouvoir suprême pour plusieurs diocèses se trouvant dans des conditions identiques (sous la forme d’une Direction ecclésiale suprême provisoire ou d’une Province métropolitaine, ou autrement) ".

L’Administration ecclésiale suprême hors-frontières prit la suite de l’Administration ecclésiale suprême créée en 1919 pour pourvoir aux besoins spirituels des orthodoxes se trouvant dans le Sud de la Russie, administré par le gouvernement du général Dénikine. Elle fut dissoute par le patriarche Tikhon en mai 1922, mais poursuivit néanmoins ses activités. En 1925, elle se transforma en un Synode épiscopal de l’Église orthodoxe russe hors-frontières, présidé par le métropolite Antoine (Khrapovitski).

(2) Il est fait référence à l’alinéa 10 de la résolution du 7/20 novembre 1920 : " Toutes les mesures qui auront été prises sur place, conformément aux présentes instructions, dans le cas où le pouvoir central de l’Église serait rétabli, doivent être soumises à l’approbation de ce dernier ". Si on considère qu’un véritable rétablissement du pouvoir central de l’Église n’a été possible qu’après la chute du totalitarisme communiste en Russie, la réunification de l’Église orthodoxe russe (Patriarcat de Moscou) et de l’EORHF, qui vient d’avoir lieu le 17 mai 2007 à Moscou, a eu lieu au moment opportun et de manière légitime.

(3) Le métropolite Euloge ne s’est pas soumis au décret du 22 avril/5 mai 1922 du patriarche Tikhon et est resté dans l’obédience de l’Administration ecclésiale suprême, puis du Synode épiscopal hors-frontières jusqu’en 1926.

(4) Vestnik RHD, n° 114, IV, 1974, pp. 105-111.

(5) Ibidem, p. 113.

(6) En France, au début des années 1930, existait une " église itinérante " (qualifiée familièrement " d’église sur roues "). Ce groupe de membres du clergé et de laïcs se rendait en automobile dans les lieux où se faisaient sentir des besoins spirituels, et amenait avec lui tout ce qui était nécessaire pour la célébration liturgique. Ne serait-il pas possible de s’inspirer de nos jours de cet exemple ?

 
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